À la découverte d’un dortoir de Martinets ramoneurs

Un peu avant le coucher du soleil, par une soirée passablement nuageuse et fraîche pour un début de juin, je suis parti à la recherche du dortoir d’un groupe de Martinets ramoneurs dans mon voisinage d’Ottawa-Centre. Aux environs de 20 h 20, j’ai aperçu une douzaine de ces oiseaux qui tournoyaient et criaient haut dans les airs et juste au-dessus de moi.

En tendant l’oreille, je pouvais entendre le gazouillis aigu de beaucoup d’autres qui virevoltaient. C’était fascinant d’observer ce tourbillon d’oiseaux au-dessus de ma tête. Leur vol semblait sans effort et j’ai eu l’impression d’être plutôt en présence d’une nuée d’insectes que d’une flopée d’oiseaux. En quelques minutes, leur nombre a doublé, triplé. À la façon dont ils criaient tous en même temps, je me suis dit qu’ils se racontaient leur journée avant d’aller dormir.
Les Martinets ramoneurs sont constamment en train de voler et il est rare de les voir perchés. Ces insectivores aériens ont l’habileté d’attraper des insectes en plein vol; d’ailleurs, ils jouent un rôle d’importance dans le contrôle des populations d’insectes car un seul de ces oiseaux est capable d’avaler plus de 1000 insectes en une journée!

De mon poste d’observation – un pâté de maisons seulement de l’intersection de Somerset et Booth – je pouvais apercevoir la rivière des Outaouais. Cette section de la rivière vers l’ouest jusqu’à Innis Point forme la Zone importante pour la conservation des oiseaux Lac Deschênes – Rivière des Outaouais, un site reconnu mondialement pour son importance pour les populations d’oiseaux. Chaque matin, les Martinets ramoneurs quittent leur dortoir et se rendent à la rivière où abondent les insectes volants.
Vers 20 h 45, au moment où le soleil se couchait, des centaines d’oiseaux s’étaient rassemblés. Alors qu’ils se laissaient porter par les rafales tout en tournoyant autour de la grande cheminée en brique, j’ai compris que j’avais trouvé leur dortoir. Pendant qu’ils tourbillonnaient, j’ai eu l’impression que leurs longues ailes pointues disparaissaient au rythme des battements rapides de leurs ailes…mais c’était une illusion lumineuse.
Soudain, un oiseau s’est engouffré dans la cheminée, suivi par un autre, puis un autre et ainsi de suite. Ce n’était pas une nuée d’oiseaux qui entrait d’un seul coup dans la cheminée, mais plutôt un flot constant, certains pénétrant dans la cheminée alors que d’autres s’attardent une dernière fois avant de se retirer pour la nuit.

Les Martinets ramoneurs ne se perchent pas comme la plupart des oiseaux mais ils s’accrochent plutôt aux murs de surfaces verticales et rugueuses grâce à leurs longues griffes. Avant la colonisation européenne, ces oiseaux passaient la nuit dans des caves ou des arbres creux. La déforestation ayant détruit une grande partie de leurs dortoirs naturels, la construction de cheminées de brique leur a offert une bonne alternative où dormir. C’est ainsi qu’ils ont pu survivre en milieu urbain et se répandre partout.
La conception des cheminées ayant été modifiée fait en sorte que le nombre de Martinets ramoneurs décroît rapidement et c’est pourquoi cette espèce a été désignée « menacée » aux niveaux fédéral et provincial en Ontario. L’entrée fermée ou très étroite de certaines cheminées les rend inaccessibles et la paroi intérieure lisse empêche ces oiseaux de s’y accrocher. Par ailleurs, peu de bâtiments de nos jours sont construits avec des cheminées lesquelles sont devenues obsolètes avec le progrès de la technologie du chauffage.

En observant ce groupe d’oiseaux s’engouffrer dans la cheminée, on peut penser que les Martinets ramoneurs nichent en colonies. Toutefois, ce n’est pas le cas. Ils migrent en Ontario vers le début du mois de mai où ils partagent le même dortoir jusqu’aux environs de la mi-juin, moment où ils s’accouplent et quittent pour bâtir leur propre nid. Ils bâtissent leur nid avec de petites brindilles qui tiennent ensemble grâce à leur salive qui agit comme une sorte de colle qui permet au nid d’adhérer au mur intérieur d’une cheminée. Les Martinets ramoneurs non reproducteurs restent ensemble tout l’été et vers la fin du mois d’août, les couples reproducteurs les rejoignent pour la migration. Cette espèce se reproduit dans la partie est de l’Amérique du Nord et en hiver dans la partie nord-ouest de l’Amérique du Sud.

À 21 h 10, le soleil s’est couché et les derniers oiseaux sont entrés au dortoir. Puis, la cacophonie de ces centaines d’oiseaux a fait place au calme de la nuit.
Des colonies comme celle-ci existent ici dans ma ville et d’autres villes du Canada, mais leur nombre décroît chaque année. J’ai hâte de les revoir au printemps prochain!